• Sans nom 3

    Chapitre 3

     

     

    La caresse du soleil sur ma joue me réveilla. Je sursautais et regardais avec horreur mon réveil qui affichait huit heures. Je sautais hors de mon lit et du me tenir un instant la tête, car j’avais l’impression que des marteaux s’acharnaient sur mon pauvre crâne. Puis je me ressaisi et malgré la douleur, je m’habillais en hâte avant de dévaler les escaliers quatre à quatre.

    -          Mamma !!! Tu m’avais dit que si je me sentais mieux je pourrais aller à l’école ! Mamma !!! Mais où elle est !

    Maugréant dans ma barbe, je me dirigeais vers la buanderie : personne, dans la cuisine : personne. Mais où était-elle ? Le bus scolaire venait tout juste de partir, elle ne pouvait pas s’être volatilisée comme ça, aussi vite !

    -          Si c’est ta mère que tu cherche elle est partie chez Mémé Zaza, pour l’accompagner à un examen médical.

    Cette voix masculine me fit sursauter et instantanément je sentis mon pouls s’accélérer et je commençais à paniquer. Déglutissant avec peine, je me retournais vers celui qui me faisait toujours peur, car je ne savais jamais ce qu’il allait me faire et déclarais d’une voix à peine audible :

    -          Ah bon, ben… Je vais la rejoindre alors, elle pourra m’emmener à l’école juste avant d’emmener Mémé.

    -          Je ne crois pas, je pense que vu l’heure elle est déjà partie. En revanche, elle m’avait dit hier qu’elle ne souhaitait pas que tu ailles à l’école car tu étais trop faible…

    -          Ce n’est pas vrai ! Je vais beaucoup mieux aujourd’hui et elle m’avait promis de m’emmener à l’école si j’étais rétablie… Je veux y aller !!!

    -          Tu pense vraiment que ça va mieux ?

    -          Mais oui, bien sûr ! Appelle-la et demande-lui de me mettre à l’école… S’il te plaît…

    -          Elle ne pourra pas t’emmener, comme je te l’ai déjà dit, elle est déjà partie pour le rendez-vous qui est à Angoulême, c'est-à-dire à une demi-heure d’ici… Tu vas être en retard, beaucoup trop en retard si tu l’attends… Mais je peux t’y emmener si tu veux, j’ai ma journée… A moins que tu ne préfère rester là avec moi ?

    Oups, un piège… Si je monte dans sa voiture, il glissera sa main dans mon pantalon pendant tout le trajet, mais si je reste à la maison, le calvaire sera bien pire et bien plus long… Pour ne pas lui laisser voir mon hésitation et ma peur (qui seraient synonyme de faiblesse) je répliquais presque aussitôt :

    -          Oui je veux bien que tu m’emmène, sinon je serais trop en retard et il n’est pas dit qu’il m’accepte en cours…

    -          Très bien, princesse, monte en voiture j’arrive ! Si seulement mon propre fils pouvait réagir comme toi…

    J’enfilais mon manteau, ma paire de baskets et je montais dans la voiture. Une fois dans l’habitacle, je commençais à appréhender… Combien de temps durait le voyage maison-école ? Au moins dix minutes je dirais, peut-être moins… Mais bon, se serait tout de même dix minutes de calvaire, dix minutes qui allaient me rappeler que tous ces gestes avaient donnés la vie ou allaient la donner… Mon pauvre bébé, ta mère est vraiment conne, si seulement elle pouvait être plus forte, protester plus effrontément encore. Mais elle ne peut pas, non je ne peux vraiment pas mon ange, désolée…

    -          Et me revoilà ! Alors prête pour aller à l’école ?

    -          Hum… Je n’attends que ça !

    -          Tu m’étonnes… Déjà deux semaines de vacance… Dis, ce ne serait pas pour un garçon en particulier que tu veux y retourner ?

    -          Non ! Je n’aime personne ! De toute manière les mecs sont tous cons !

    -          Oui, tu n’as pas tort, mais un jour tu trouveras quelqu’un de bien, quelqu’un qui te feras voir la vie en rose… Comme moi, tu ne trouve pas ?

    -          Hum…

    Et voilà, on avait fait la moitié du chemin et il attaquait… Je vis sa main venir vers ma cuisse gauche, mais je me décalais légèrement pour lui signifier que je ne voulais pas. Il ne se découragea pas et sa main atteignit tout de même ma cuisse. Je n’osais rien dire, pas pour le moment, une main posée sur une cuisse c’était tout de même bien commun, il y avait pire. Mais sa main remonta le long de ma cuisse et se glissa entre dans mon pantalon, pour aller se poser sur ma culotte. Je croisais les jambes pour l’empêcher de faire ce qu’il voulait.

    -          Pourquoi tu te mets comme ça ?

    -          Comme ça comment ?

    -          Les jambes croisées ?

    -          Parce que je n’ai pas envie que tu continues ce que tu fais !

    Il me sourit mais n’enleva pas sa main pour autant. C’était toujours comme ça, je pouvais lui dire clairement que je ne voulais pas, je savais que je n’allais pas être écoutée… Mais bon, je me sentais moins conne et plus courageuse en lui disant donc…

    Ouf, l’école était à moins d’une minute maintenant. J’allais pouvoir souffler un peu, parler avec mes amies, enfin surtout me confier à elles… J’allais leur annoncer que j’étais enceinte, elles trouveraient une solution pour moi, j’en suis sûre !

    -          A ce soir !

    -          Hum, à ce soir…

    Je sortais vivement et claquais la portière de la voiture pour éviter qu’il ne me retienne plus longtemps. A peine arrivée à la grille de l’établissement, je sentis deux mains frêles se poser sur mes épaules et j’entendis une voix dans mon dos :

    -          Bouh !!! Je t’ai fait peur hein ?

    -          Euh, non, Emeline tu ne m’as pas fait peur…

    -          Ou toi ça ne va pas… Qu’est-ce qui se passe ?

    -          Attends, je t’explique tout à la récré avec les autres filles, parce que là ce serait trop long à expliquer et on va bientôt rentrer en cours…

    -          Ok.

    Je souris à mon amie pour qu’elle ne s’inquiète pas trop. De toutes les filles qui m’entouraient à l’école c’était pour l’instant la seule à savoir ce qui se passait à la maison. Elle n’en a jamais parlé à personne car je le lui ai fait promettre, mais je sais qu’elle a horreur que je lui raconte ce qui se passait chez moi… Normal, elle se sent impuissante, inutile… Que des sentiments que je connais bien, moi aussi.

    Comme d’habitude nous allâmes nous ranger sous le préau. On avait une place spéciale selon la classe dans laquelle nous étions. Nous nous devions nous ranger sous le préau au niveau des fenêtres. Le directeur descendit et nous sourit à tous. J’adorais ce sourire, il était tellement gentil et… Oui je ne sais pas pourquoi, mais ce sourire m’était familier. Le directeur c’est aussi le professeur des CM2, c'est-à-dire, ma classe. Il descendit les escaliers et vint se placer devant nous avant de nous faire signe de monter. On le suivit dans les escaliers, jusqu’au bout du couloir et on se rangea contre le mur derrière la porte de notre classe.

    -          Allez-y, rentrez.

    Les uns après les autres nous entrâmes en classe et nous nous assîmes à nos tables respectives. C’est avec bonheur que je retrouvais ma place, mon casier (sous ma table) avec tout son joyeux fatras à l’intérieur. C’était un amoncellement de papiers, de cahiers, de livres, de cartouches d’encre, de dessins en tous genres… Le directeur, monsieur Legrand, nous demanda de nous asseoir et on entendit pendant un instant un grand bruit de chaises que l’on traîne. Puis, les chaises ne firent plus de bruit et le bruit des conversations s’estompa un peu… Le début des cours, c’était parti pour deux heures… Deux longues heures où j’allais pouvoir rêver et écouter ce bonhomme parler avec passion de l’histoire. Je m’évaderais à travers ces récits dans des époques lointaines. Oui, j’adore l’école !

     

    Chiara Gialini


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