• Sans nom 2

    Chapitre 2

     

     

             Où suis-je ? Oh, ma tête… Mais pourquoi je me sens si mal ? Oh non… Oui, tout m’est revenu d’un coup, le test, la grossesse, le bébé… Maman, maman…. Mais que va dire ma mère quand elle saura ?

    -          Ma puce, ça va ?

    Ah, ben quand on parle du loup… Je hochais la tête pour la rassurer, oui j’allais bien… Enfin comme une gamine de dix ans enceinte de son beau-père quoi… Si seulement tu savais maman… Dire que j’endure toute cette souffrance, que je ravale toute cette souffrance depuis deux ans, et me voilà enceinte… Punition ou récompense ? Seul l’avenir nous le dira…

    -          Tu nous as fait une de ces frayeurs ! Cléa nous a tout raconté…

    -          Tout ?

    -          Oui, elle nous a dit que tu es allée aux toilettes et qu’en sortant elle t’a proposé de goûter, tu as acquiescé et puis tu es tombée…

    -          Ah oui… Je sortais des toilettes… Et je suis tombée…

    -          Tu ne t’en souviens pas ?

    -          Euh… Si, si… Bien sûr que je m’en souviens, au pire si j’avais oublié ma tête me le rappelle bien crois-moi…

    Ma mère éclata de rire et répliqua :

    -          C’est normal, ma puce, ta cousine n’a pas eu le temps de te rattraper avant ta chute… Tu serais tombée la tête la première sur le carrelage.

    -          Dommage, elle m’aurait rattrapé elle m’aurait évité de souffrir le martyr… D’ailleurs elle va bien, elle n’est pas trop… chamboulée ?

    -          Non, ça va ne t’inquiètes pas… Elle demande de tes nouvelles toutes les cinq minutes par téléphone. D’ailleurs je vais l’appeler pour lui dire que tu es réveillée. Tu veux que je te ramène quelque chose ?

    Je regardais l’heure. Il était vingt et une heure, j’avais dépassé l’heure du souper et je n’avais pas goûté, mais je n’avais pas faim et puis en temps normal quand je dépasse l’heure du souper j’attends le lendemain pour manger. Mais le bébé ? Il a peut-être faim lui ? Je ne savais plus quoi faire, mais d’une voix à peine audible je déclarais à ma mère :

    -          Oui je veux bien un chocolat chaud, s’il te plaît…

    -          Tu me parais très faible ma puce… Je ne voudrais pas que tu nous refasses un malaise. Le médecin a dit que tu devais manger un peu plus et il n’a pas tort… Je te ramène un chocolat chaud et trois biscuits…

    -          Très bien… Va pour les biscuits, soupirais-je.

    Ma mère sorti de la chambre et je me retrouvais seule. Je regardais autour de moi et souriais en voyant que quelqu’un (sûrement ma cousine) avait pris soin de déposer un livre à côté de mon oreiller. Je m’en saisissais et commençais à lire.

    La lecture était une partie de moi, de ma vie. Sans elle, j’aurais sûrement cédé depuis longtemps à mes envies de suicide… Mais dans mes livres je vivais des tas d’aventures, je voyageais à travers le monde, je respirais… Oui je respirais, j’étais libre, mes livres avaient l’odeur et le goût de la liberté… Je me souviendrais toujours de la première fois où mon beau-père m’avait « fait des choses », j’étais en train de lire et il est entré dans ma chambre en me demandant ce que je lisais. Alors que je lui résumais l’histoire, il s’est approché de moi tout doucement en souriant, mais tout en lui me faisait peur, son sourire, ses pas… Je me suis arrêtée de parler et il a glissé sa main dans mon pantalon, toujours en me regardant et en me souriant… Je n’aimais pas ce qu’il me faisait, je n’aimais pas son sourire, alors pour me protéger, pour faire abstraction de ce qui m’entourait… Je repris le livre que j’avais laissé à côté de moi dans le lit et recommençais ma lecture.

    -          Voilà, je te rapporte ton chocolat et tes biscuits…

    -          Merci, maman.

    Je refermais mon livre et attrapais le plateau qu’elle me tendait en faisant bien attention à ne pas renverser de lait. Une fois le plateau sur mes genoux, je regardais le tout avec une mine dégoutée… Je n’avais vraiment pas faim, mais bon pour le bébé il fallait que je me force, je ne pouvais tout de même pas le laisser mourir de faim dans mon ventre.

    Ma mère qui avait remarqué ma grimace me dit :

    -          Il faut que tu manges… Le médecin l’a dit et depuis quelques temps tu ne manges plus beaucoup, tu m’inquiètes, ma chérie…

    -          Mais non maman, il ne faut pas t’inquiéter… Je vais manger, c’est juste que je repensais à quelque chose et… Bon, bref…

    Aussitôt, j’attrapais la tasse de lait chaud dans mes mains, pour rassurer ma mère. Il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, car sinon elle aurait des suspicions et Albert me dit toujours qu’il ne faut pas lui dire ce qu’il me fait parce que c’est notre secret…

    La première gorgée, bouillante, descendit dans ma gorge et je poussais un soupir. Si cette boisson chaude ne réconfortait pas mon estomac, elle me réchauffait un peu du moins.  Je bus finalement goulument mon chocolat, après tout comme le dit souvent Mémé Zaza : « La faim vient en mangeant, ma chérie ». Je regardais avec très peu d’enthousiasme les trois biscuits et éviter de grimacer, car ma mère inquiète me surveillait attentivement. J’en pris un et commençait à le grignoter lentement… Très lentement, pour éviter que mon estomac ne se contracte et que j’aille tout vomir dans les toilettes. Quand j’eu fini le premier biscuit, je repoussais les deux autres ne me sentant pas capable d’en avaler plus et disait à ma mère sur un ton suppliant :

    -          Je suis trop fatiguée pour avaler quoique ce soit de plus, maman… Je vais dormir un peu maintenant…

    Elle me dévisagea d’un air désapprobateur, mais finalement elle se leva de la chaise où elle était assise et me dit avec un petit sourire :

    -          Très bien, ma caille, je te laisse te reposer. Je reviendrais plus tard, mais je dois aussi m’occuper de tes frères et sœur…

    -          T’inquiète je comprends, maman, soupirais-je avant de fermer les yeux.

    Je l’entendis marmonner, puis je sentis les effluves de son parfum au-dessus de moi. Elle me déposa un baiser sur le front et pris les deux biscuits que j’avais laissé. La porte claqua et j’attendis un instant avant de rouvrir les yeux. Je n’avais aucunement l’intention de dormir, mais je voulais lire… C’est une des choses que je ne pouvais pas dire à ma mère, elle m’aurait fait un procès en disant que les seules choses dont j’avais besoin étaient de la nourriture et du sommeil…

    Ma mère est une personne assez contradictoire. Je tiens d’elle pour cela… En fait, elle fait très attention à nous, elle nous emmène au médecin quand on en a besoin, elle nous console quand on a un chagrin, elle nous fait faire nos devoirs… Mais elle est aussi assez naïve, il peut lui arriver de nous laisser seuls pour la soirée pendant qu’elle va en boite de nuit ou chez des amis, elle peut aussi nous faire une tasse de chocolat chaud en guise de dîner ou bien un bol de fromage blanc mélangé à des céréales… Elle a surtout horreur de faire le ménage, là c’est pareil, il vaut mieux qu’on le fasse, nous les enfants plutôt que d’attendre après elle, sinon… On peut attendre assez longtemps (surtout pour le linge). Depuis que je suis petite je connais ses réactions, ses sautes d’humeur, ses peurs, ses passions… Je partage tout avec elle, du moins c’est ce qu’elle croit, mais c’est aussi ce que je croyais… Il a fallu qu’elle tombe amoureuse d’un homme, d’un pauvre type pour que l’on se sépare… Car je le sais, la séparation est obligée, elle sera déçue que je ne me sois pas confiée à elle, elle aura peut-être honte de moi de l’avoir fait avec son mari, ou alors je la dégoûterais… Oui, notre relation ne sera jamais plus comme avant.

    A cette pensée des larmes me vinrent aux yeux. Je les laissais couler le long de mes joues, inondant ma maigre poitrine, libérant mon cœur d’un poids lourd à porter. Mon corps entier était secoué de sanglots, je n’en pouvais plus, je n’en pouvais réellement plus. C’est à ce moment que la porte de ma chambre s’ouvrit, alors que les battements de mon cœur s’accéléraient, je vis ma mère entrer. Je poussais un soupir de soulagement en la voyant, j’avais eu si peur qu’il s’agisse d’Albert.

    -          Mamma mia ! Chiara qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi tu pleure ?

    -          J’ai besoin de voir mes amies, mamma, besoin de leur parler… Je suis un peu chamboulée, je ne m’attendais pas à tomber dans les toilettes de Cléa et on passait une si bonne journée ensemble… Ma vie est un enfer, je veux voir mes amies !!!

    -          Mais qu’est-ce que tu raconte ? Ta vie n’est pas un enfer… Pourquoi le serait-elle ? On fait tout ce que l’on peut pour toi… Tu préfère peut-être aller vivre chez ton père ?

    -          Non ! Bien sûr que non, je le hais plus que quiconque au monde, mais… J’ai juste besoin de voir mes amies, ça fait si longtemps qu’on ne s’est pas vu…

    -          C’est normal, chérie… C’est les vacances et tu sais que pendant les vacances il est rare que l’on invite des amis à la maison, mais Florian et Manon sont venus il n’y a pas si longtemps…

    -          Oui, mais ce ne sont pas mes amis à proprement parler…

    -          De toute manière, l’école reprend demain, donc si tu as repris assez de forces tu pourras y retourner…

    -          Oh oui, j’aurais repris assez de forces !!! C’est sûr !!!

    -          Hum, on verra… En attendant rendors-toi.

    Pour la deuxième fois je reposais discrètement mon livre et fermais les yeux. Ma mère avait sans doute raison, j’avais besoin de dormir. J’ai mangé, je vais dormir et demain je serais en pleine forme pour aller à l’école. Cette rentrée est une question de vie ou de mort pour moi !!!

     

    Chiara Gialini


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